Le sens des mots


Avant de trop écrire sur ce blog, il me semble important que je discute du sens que je donne aux mots.

La base, c’est que le sens des mots est donné par la communauté linguistique les utilisant. Si on donne du sens au mot “voiture”, qui se trouve être un sens à peu près le même pour toutes les personnes parlant français, ce n’est pas parce qu’un jour quelqu’un à vu une voiture et a décidé d’appeler ça “voiture”. C’est parce qu’un usage collectif du mot s’est développé au fur et à mesure du temps. Ce sens évolue avec la population qui l’utilise. C’est évident quand on y pense : Je ne dis pas “voiture” parce que j’ai demandé à l’inventeur de la voiture, je dis voiture parce que tout le monde autour de moi a toujours appelé ça une voiture. C’est bien issue d’une communauté. D’autres communauté francophone appelle ça différemment je pense par exemple au Québec, où pour le même objet on dirait plutôt char.

Le sens des mots est vague

La première réflexion suite à ce constat, c’est que cette construction est organique, distribuée entre de nombreux.se individu.e.s, et n’est donc pas faite d’absolus et de rigueur pure. Il est donc absurde de défendre les notions de “vrai” sens des mots, de “véritable” définition. Le langage est un système qui fonctionne sur un principe de consensus. On se met collectivement d’accord sur le sens des mots qu’on utilise. Et nous sommes tous libre d’accepter ou non tel ou tel usage.

Le sens est évidement contextuel, et que tout dans le contexte importe. Que ce soit un contexte physique, temporel, social. Le mot “phase” aura des sens très différent dans un contexte technique autour de l’électricité que dans celui du langage commun, ou que dans l’astronomie, etc.

Vague ne veut pas dire qu’il n’existe pas, ou qu’il est arbitraire ou libre

Je ne choisit pas le sens du mot “falaise” ou “voiture”. Si je montre une voiture et que je dis que c’est une falaise, j’aurais factuellement tort. En effet, j’estime que si on prends quelqu’un au hasard, et qu’on lui montre la voiture en question, et qu’on leur demande de nommer cet objet, je suis absolument convaincu qu’on compter le nombre de personnes qui répondent “falaise” serait nulle (ou quasi-nulle, en tout cas absolument négligeable par rapport à des mots comme “voiture” ou “véhicule”, et d’un ordre de grandeur comparable à n’importe quel autre mot).

Cette notion statistique est un critère légitime à mes yeux parce qu’ils traduit la principale fonction du langage : communiquer, ce qui implique de se comprendre. Ainsi dans ce cas, le coût pour moi de ne pas respecter le consensus sur les mots “voiture” et “falaise” serait extrêmement élevé. En effet, si je choisis d’inverser ces mots dans mon usage du français, je me heurterai systématiquement à de l’incompréhension. C’est ce coût qui rend si facile le maintient d’un consensus dans une langue contenant des centaines de milliers de mots, définitions, et règles grammaticales. Je ne prétends pas que c’est absurde de vouloir s’opposer au consensus, mais que cela a un coût.

Remarquons cependant que ce coût est très variable et contextuel. Inverser falaise et voiture est absurde dans quasiment tout contexte. Cet article est probablement truffé de fautes d’orthographe et de grammaire. Dans la majorité des cas, cela n’implique aucune perte de sens ou presque. J’y accorde donc peu d’importance ici, mais dans une lettre de motivation ou un dossier scolaire, ma pratique aurait été drastiquement différente, car ce contexte donnerait du sens à ces fautes. Le coût dépend aussi bien sûr de la force du consensus. Ainsi, si je dis nonante au lieu de quatre-vingt-dix, et bien que ce ne soit pas l’usage majoritaire dans mon entourage, le consensus est assez faible entre ces deux pratiques pour que le coût soit quasi nul.

De bonnes raisons de s’opposer au consensus

Je vais ici défendre des raisons de contester le consensus, dans de très nombreux cas. Je tiens cependant à rassurer la panique morale de l’académicien en puissance qui ferait un arrêt cardiaque en lisant cet article. Même les islamo-gauchistes les plus wokes voulant changer des centaines de mots et des dizaines de règles grammaticales ne s’attaquent qu’à une part infime du consensus linguistique. Il est absurde de croire que reconnaître que certains changements d’usage revient à reconnaître n’importe quels changements (Reconnaître que l’utilisation d’un tournevis est parfois utile ne veut pas dire que le tournevis devient subitement un outil universel et systématiquement nécessaire…)

Il y a donc des cas où j’estime parfaitement justifié d’aller contre le consensus. Les cas évidents qui me viennent à l’esprit sont les injures, notamment racistes, intégrées dans le langage commun. Je pense bien sûr aux insultes directes comme “bougnoule”, “niakoué”, “youpin”, “enculé”, “gonzesse”, “travelo”, “taré” etc. Mais il y en a des moins évidents qu’on utilise parfois sans même connaître la culture entretenue derrière, comme “zouave”, ou tellement intégrés que les gens ne pensent plus au sens direct véhiculé, comme “garçon manqué”. Ce genre de vocabulaire, bien qu’activement utilisé dans la langue française, est à mes yeux à bannir généralement de nos usages. Ces cas me semblent évident et je ne vais pas ici plus débattre de leur justification. De plus, même les plus utilisés, je pense notamment à “enculé”, sont des insultes considérées comme grossière, ce qui rend relativement acceptable le combat langagier à l’encontre de leur utilisation. Seul une poignée d’imbéciles sont encore capable de crier “on ne peut plus rien dire” pour tenter de justifier une utilisation prétendument “politiquement incorrecte”, mais en réalité purement oppressive.

Il y a cependant des cas où la lutte contre le consensus est bien plus difficile et coûteuse. Je pense par exemple à l’écriture inclusive, ou à l’utilisation de nouveau vocabulaire neutre et inclusif. L’utilisation de ce vocabulaire est socialement coûteuse, entre la faible proportion de locuteur.ices et une résistance réactionnaire active. Mais malgré ce coût, j’estime qu’il y a un intérêt suffisant, notamment sur le long terme. Oui, à l’échelle d’une génération, le passage à un français plus inclusif et très coûteux pour une large part de la population. Mais l’intérêt retour pour l’égalité des genres et lui aussi fort, mais surtout durable au-delà du coût initial du changement. Je le vois sincèrement comme un investissement politique et culturel.

Enfin, il va y avoir des cas plus personnels. C’est le cas par exemple des mots autour de la liberté pour moi. “Choix”, “responsabilité”, “mérite” ont pour moi un sens différent du consensus. Mais seulement, à mes yeux, ce que les gens autour de moi désignent par ces termes n’existe pas. Je pourrais choisir de ne pas les utiliser. Mais j’estime que des notions que je qualifierais de “fonctionnellement proches”, bien que distinctes en des points cruciaux, sont pertinentes à utiliser à leur place. J’assume donc le coût de contrevenir au consensus car j’estime le gain en pertinence assez important pour le justifier. Il y a aussi des cas où le consensus est très “mou”, cas dans lesquels je choisis un sens aux mots que j’assume comme subjectif, mais j’assume aussi que je ne tiens que peu à la définition que je donne à ces mots. Je la donne parce qu’il en faut une et qu’à choisir, j’essaie de de prendre celle qui me semble le plus pertinent. Je pense ici par exemple aux notions de “gauche” et de “droite” en politique, dont j’emprunte la définition à Tzitzimitl (dont je recommande le travail).

Conclusion

Le langage est un outils que je trouve incroyable de puissance. La capacité de pouvoir échanger sur des ressentis, de la logique, des émotions, des faits, et le tout avec quasiment n’importe qui partageant une langue avec nous m’émerveille profondément. Cela n’implique cependant pas que le langage est une forme de perfection. Les quiproquos existent, et les difficultés de communications inhérente à la pluralité d’expérience du monde. Sur ce site je fais donc de mon mieux pour faire comprendre à mon potentiel public ce que j’ai dans la tête.


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