Libre arbitre



TL ; DR : Je ne crois pas au libre arbitre, et je pense que c’est une notion importante à débattre.

Déterminisme VS prédictibilité

Tout d’abord je veux bien mettre au clair que ce n’est pas parce que quelque chose est purement déterministe, que cette chose est prévisible. C’est aussi indépendant de la complexité : On peut avoir un système simple et déterministe mais très imprévisible. Par exemple parce que faire des prévisions nécessiterait de connaître des données de départ avec une précision, un détail bien trop important.

Autre mise au clair complétant ce premier point : Un système peut être purement déterministe, mais d’un déterminisme trop important pour qu’on ne puisse jamais le modéliser, le comprendre. Pire encore, on ne peut jamais vérifier qu’un modèle est “vrai” (entendre qu’il décrit exactement la vérité). La conclusion de toute mise à l’épreuve d’une théorie ne peut au pire que ne pas remettre en doute le modèle, au mieux prouver au contraire qu’il est faux.

Ainsi, dans cet article, je vais défendre le fait que le monde dans lequel on vit est purement déterministe. Cela ne fait pas de moi un scientiste béat pour autant. Je ne prétends en aucun cas que la science est toute puissante, et que l’on peut comprendre, modéliser et prédire le monde dans sa complexité. Ma thèse est que notre monde est un système chaotique, déterministe et extrêmement complexe.

Libre arbitre

Je ne crois pas au libre arbitre. J’entends par là la capacité de faire des choix non déterminés par notre environnement, par le monde autour de nous. Ainsi, je pense que tout choix a ses causes. Même si ces causes sont trop complexes pour que qui que ce soit, y compris la personne faisant le choix, puisse les comprendre, je défends que ces causes existent.

Par exemple, je préfère les pommes que le poires. Pourquoi ? Je ne sais pas vraiment, une série de causes complexes rentre en ligne de compte. Probablement un peu d’inné, lié à ma prédisposition à aimer les fruits plus ou moins sucrés ou acides. Il y a aussi peut-être de l’acquis. Ma culture, mon éducation. Je suis né dans une famille où il y avait plus souvent des pommes que des poires. Il y pourrait y avoir des convictions, par exemple je pourrais croire que les poires sont plus éthiquement produites que les pommes. Peut-être que j’ai des bon souvenir de consommation de poires. Bref, des raisons qui me pousse à aimer plus les pommes que les poires, et d’autres l’inverse. Tout ça fini par créer un bilan dans mon esprit que je formule en disant “Je préfère les pommes”. Ça ne veut pas dire pour autant que je connais l’ensemble de ces raisons, et encore moins qu’à chaque fois que j’ai à choisir entre une pomme et une poire je me poses ces questions, bien sûr que non ! Ces pensées sont synthétisées dans cette notion dans ma tête : “Je préfère les pommes aux poires”.

Mais donc, si on me propose un choix entre une pomme et une poire, je suis face à un choix. Je suis libre de dire l’un ou l’autre. Mais il serait absurde que je réponde “poire” si je préfère la pomme. Je répondrai donc “poire” malgré ma liberté. Vous me dirai que j’aurai pu répondre poire. Et je répondrais que si je l’avais fait, il y aurait aussi eut des raisons aussi, des causes à ce choix, extérieures à ma simple volonté.

Et tout dépend du sens du verbe “pouvoir” ici. Pour moi c’est un simple appel à une expérience de pensée, une volonté assumée de s’extraire du réel. Par exemple la Terre aurait pu être la cinquième planète du système solaire. Oui d’accord cette phrase a du sens, mais elle ne repose pas sur la capacité du sujet, ici la planète Terre, à faire quelque choix que ce soit. Non, c’est juste un appel à imaginer un univers parallèle qui n’a aucune chance d’être ou d’interagir avec le notre.

Si je devais expliquer pourquoi j’ai cette conviction concernant le libre arbitre, j’ai de plusieurs réponse, mais je ne citerai ici que la plus simple : Dans l’histoire de l’univers, on n’a pas d’exemple de système non causal à nôtre échelle. Je ne crois-pas que l’homme soit sur-naturel, et puisse échapper aux lois du monde dans lequel il vit. Je trouve aussi farfelu de croire au libre arbitre que de croire que l’homme peut voler. De plus, la charge de la preuve incombe à celui qui prétend l’existence d’un phénomène, pas celui qui prétend ne pas y croire. Je n’ai jamais vu quelqu’un voler, et je n’imagine pas que ça puisse arriver. De la même manière, je n’ai jamais vu de libre-arbitre, et je n’imagine pas à quoi ça pourrait bien ressembler.

Choix

Je pense que faire un choix est un procédé mental qui prend place dans notre esprit quand nous percevons plusieurs options s’offrir à nous. Mais ce n’est pas parce que ce processus est mental et intime qu’il est libre au sens strict. (La douleur est un processus mental et intime, mais évidement pas libre.) Quand je fais un choix conscient, je n’exerce pas de libre arbitre. Je suis simplement dans une situation où mon esprit, ma mécanique interne a jugé pertinent de prendre en compte dans le choix des choses relevant du conscient. L’analyse d’une perception, l’intellectualisation d’un problème complexe, l’impact émotionnel, etc. Toutes ces choses sont des choses que nous percevons consciemment, et lorsque ces choses rentre en ligne de compte lors d’une prise de décision, nous appelons ça un “choix”.

Une bonne image de ce que je veux dire serait une grande gigantesque horloge mécanique, purement déterministe, infiniment complexe. Au quotidien, je ne perçoit que les aiguilles, la partie “visible” du mécanisme, mes comportements. Ce n’est pas parce que cette partie est visible qu’elle échappe à la causalité du mécanisme. Des milliards d’engrenages sont impliqués dans cette mécanique, et quelques-un forment un sous-système appelé “le système des choix”. Je peux même préciser que ce sous-système appartient à un sous-système plus large, celui de la prise de décision, qui inclut bien d’autre rouages. Ce sont des engrenages parmi d’autres, qui ont leur rôles et leur spécificités.

Responsabilité

On pourrait croire à me lire que je rejette donc aussi la notion de responsabilité. Mais tout comme le choix, je fais plutôt un pas de côté et redéfini la notion légèrement pour l’adapter à mon modèle. Pour moi, la responsabilité est encore un sous-système de la mécanique de choix. Ce sont des notions générale, synthétisant une collection complexe d’informations acquise dans le passé. On résume cet apprentissage sous des mots généraux comme “mérite”, “punition”, “responsabilité”, “légitimité”, “hiérarchie”. Ces notions ne sont que des rouages dans le grand système de notre esprit.

Et la responsabilité est un rouage que je trouve extrêmement pertinent et important. Elle est, je pense, indispensable à la vie en société. Elle fait partie de ces rouages que je pense absolument fondamentaux chez des animaux aussi sociaux que l’homme : responsabilité, compassion, empathie, expression, compréhension. Elle permet de transformer l’égoïsme spontané en altruisme sincère, ce qui me semble être la chose la plus belle qui soit !

Enjeu Politique

Si cet article est le premier de mon blog, c’est parce que l’abandon de la croyance irrationnelle dans le libre arbitre fut pour moi le plus grand saut idéologique de ma vie. La compréhension que j’ai construite sur le sujet est un des socles majeur de ma conception actuelle du monde. Mais pourquoi est-ce capital à mes yeux ? Simplement parce que invoquer une explication magique à quelque chose permet d’éviter la recherche d’une véritable compréhension du système. Le degré suivant est l’explication sacrée, c’est-à-dire non seulement magique, mais dont la remise en question est interdite. Hors comprendre un système permet d’agir dessus de manière pertinente, car comprendre un système c’est savoir prédire, savoir quelle cause ont quelles conséquences, quelles situations initiales mènent à quelle évolution. Ne pas comprendre un système c’est ce condamné à ne pas pouvoir agir dessus comme on le souhaite.

Et c’est là l’ironie de ma conclusion : j’estime que faire un choix, c’est juste un processus mental nous menant à agir d’une manière où d’une autre. Faire un choix libre, c’est faire un choix dont les conséquences correspondent à un monde correspondant plus à nos désirs. Ainsi, si je vous propose deux boites avec marquer “pomme” et “poire” dessus, mais que je dissimule deux bananes à l’intérieur, je considère que je contrains votre choix, que ce dernier n’est pas libre, car vous ne savez pas dans le système en question les conséquences de vos choix. Hors, je considère que croire au libre arbitre nous empêche de comprendre nos choix. On pourrait résumé la thèse de cet article en :

La croyance dans le libre arbitre dégrade la liberté de nos choix.

Ou de manière encore plus poétique :

Le libre arbitre est une chaîne vendue comme une paire d’ailes.


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